Recevoir ne rend pas heureux mais il est un prérequis au bonheur.

 

Voilà, ne vais pas jouer les émerveillées de service, cette société m’agace fort, pour rester polie.

Cette société étant : le cadre façonné par les instances dirigeantes (politiques, économiques, financières, sociales) et l’accord aveugle et renouvelé de tous les autres à vivre dans ce cadre.

 

Les cadres, les moules, les bandes étroites où vivre me suffoquent. J’ai cherché une terre de liberté.

Je n’ai pas trouvé un seul espace préservé.

Pas dans le monde physique.

– si tous les peuples que j’ai pu rencontrer, en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie, ne sont pas au même stade la maladie, tous sont malades.

Pas dans le monde abstrait des groupes, des castes, des appartenances de confessions, d’idée ou de profession.

Ni en usine, ni dans les champs, ni chez les entrepreneurs, ni même, et peut-être même moins, chez ceux qui essayent pourtant d’aider leurs prochains – accompagnant, prof et thérapeutes.

 

J’ai bien croisé des individus libres. Et d’autre encore plus beaux que ça. Libre malgré le cadre qui parfois a des allures de cage.

 

Mais je n’ai trouvé aucune terre d’accueil à la liberté.

 

J’ai cherché la clé de ce foutoir, j’ai essayé de comprendre comment on pouvait faire tenir un peuple et, petit à petit, une humanité, en esclavage – le plus souvent, si pas volontaire, du moins consenti.

 

Voilà ce que j’en déduit.

Ça n’est pas la capitalisation qui est problématique. C’est le recevoir tout entier.

C’est de faire croire que le but de toute vie humaine et de toute organisation est de recevoir. Recevoir l’admiration, les éloges, la puissance, les richesses, l’amour, la beauté, la sagesse.

Et, en même temps que de convaincre chacun, en permanence, que ce qu’il doit chercher c’est à recevoir (alors oui ok maintenant, pour ceux qui se lassent de l’avoir on s’attaque à l’être, on nous promet d’autres récompenses : le bonheur intérieur, la paix, l’éveil – l’art de saloper tout ce qui a été beau, chapeau ! )

en même temps qu’on nous enjoint à rejoindre la course à l’avoir ou l’être – l’être méritant, apaisé, tout amour et compassion l’être meilleure version de soi-même-, on nous en prive, on nous fait craindre l’effondrement, on nous agite le spectre de la culpabilité, de la maladie, de la perte.

 

On s’assure que jamais ne sera totalement atteint ce rêve de tout avoir. En créant de nouveaux mirages, en menaçant de nous retirer nos fragiles acquis.

C’est qu’il ne faudrait surtout pas que nous arrivions à cette fatale connaissance, celle que recevoir est un besoin, et que de combler ce besoin, si cela apporte une satisfaction certaine, ne nous conduit pas bonheur, certainement pas au bonheur.

 

Avoir est un besoin.

Nous avons besoin d’avoir à boire et à manger, un abri sûr, des amis aimants, de la reconnaissance, de la gratitude. Nous avons besoin de « tout » avoir pour exister. Et je vous en conjure, soyez égoïstes, comblez vos besoins, vos vrais besoins, ayez de l’estime, de l’amour, trouvez la paix, la richesse, achetez-vous des fringues, lachez-vous la grappe, soyez des putains d’égoïstes et réalisez que quand tout vous est donné vous n’êtes pas heureux, vous êtes comblés, vos besoins sont comblés, une satisfaction tranquille prend corps, le véritable sentiment de sécurité s’installe. Mais vous n’êtes pas heureux.

 

C’est quand vous donnez que vous êtes heureux Quand vous donnez librement, sans crainte de déplaire, sans chercher à être gentil, sans essayer d’obtenir quelques bons points sur votre karma, auprès de votre mère, de la société ou de la religion à laquelle vous appartenez.

Ce qui crée le mouvement – ce qui ouvre au bonheur, c’est le désir exprimé en don.

 

Mais pour lui permettre libre expression il faut que « je » soit comblé. Il faut que « je » n’ai plus peur.

Il faut que « je » soit libre.

 

Ne vous laissez pas avoir par les flashs et les slogans, le bonheur n’est ni en vous ni devant vous. Il n’est pas dans la réalisation de votre mission d’âme, ni dans cette paires d’escarpin ou cette bagnole.

 

Là sont les expressions de vos manques fondamentaux. Comblez-vos manques. Pas en ingurgitant sans cesse la bouffe et les avis et les news et les combats mais en écoutant la soif déchirante de votre cœur qui appelle à être aimé sans condition.

 

Comblez-vous d’amour et d’absolu. Expérimentez-vous de mille façons, riches, pauvres, maigres, gros, sales, beaux, méchants, sages, confiants, stupides et réalisez que qui que vous soyez, quoi que vous fassiez, vous êtes aimé, vous recevez, vous avez de quoi combler les besoins de votre corps, de votre âme, de vos pensées.

 

Et quand vous serez pleinement repus, quand vous n’aurez plus peur, vous vous rendrez-compte que la satisfaction n’est pas le bonheur qu’on vous a promis et qu’on vous a toujours refusé.

 

La satisfaction est la base nécessaire à votre liberté. Celle d’être, de dire, de donner ce qui éclate et déborde en vous.

 

Mais comment voulez-vous que ce monde qui ne marche que sur la domination fonctionne encore s’il est peuplé d’êtres libres, qui n’ont plus peur et qui s’entêtent à donner, même si rien, en échange, ne leur est promis ?

 

Et n’est-ce pas réjouissant d’y songer un instant ? De voir au loin la possibilité que tremble et s’efface le grand mirage qui fait tout pour qu’on le croit solide ?

 

Moi, ça me fait bander. Voilà.

Et voilà pourquoi je me permet de faire trembler un bout de mirage, en me maintenant comblée, en restant à l’écoute de ce qui m’est donné, en étant foutrement égoïstement, vertueusement égoïste et en apprenant à donner ce qui déborde de moi, à commencer par rappeler : tu es aimé. Tu as déjà tout gagné. Et quand tu l’auras compris tout entier tu auras atteind la paix. Et quand tu seras si plein de paix tu déborderas, tu t’emporteras, libre, comme l’air, comme l’eau, qu’aucune cage ne peut retenir, qu’aucune domination ne peut contraindre.

 

Aller, un souffle, un souffle de plénitude et le mirage tremble.