Il y a déjà plus de 40 pages d’écrites.
A peu près la moitié d’un livre.
Je ne voyais pas ça comme ça.
Ça là, ce truc précisément. Je ne voyais pas ça comme ça.
Ces conneries de projections. Voilà.
Voilà une des choses qui me laisse con à chaque fois et à chaque fois c’est souvent parce qu’il se trouve que j’ai la chance ou le talent ou la bêtise ou l’audace – à moins que tout ça ne soit exactement la même chose- de laisser de la place à la nouveauté. A quelque chose d’inédit, à quelque chose de jamais vécu avant, de radicalement neuf.
Et à chaque fois que la nouveauté entre, à chaque fois bordel, je me retrouve tout con à me dire « tiens, je ne voyais pas ça comme ça ».
One ne voit que depuis son référentiel. D’où l’imbécilité des lois de projections, attraction, tartempion.
Imagine toi riche. Ah ah ah.
Mais on ne peut qu’étirer la vision de ce que l’on vit en réalité. Jamais envisager quelque chose de neuf. Des fois on triche, on imagine en miroir, on imagine que ce qu’on désire sera l’opposé de ce que l’on vit et que l’on n’aime pas. Mais c’est la même chose et ça ne marche pas mieux.
Et c’est pourquoi, en général, on refuse ce qu’on ne connaît pas. Car on lui prête les qualités, bonnes ou mauvaises, les attributs, bons et mauvais, de ce que l’on connaît. Et comme il y a toujours des deux, et comme on fait plus attention à ce qui est déplaisant qu’à ce qui est juste, on dit non. Non merci, car plus de ce que je vis sera plus d’inconfort, plus de cette douleur là, alors restons petit, humble, là où tout est supportable, puisque supporté.
Quand je dis à quelqu’un que mes enfants ne vont pas à l’école, la réaction est pratiquement toujours la même « holala, moi je ne pourrais pas, c’est déjà tellement fatiguant quand ils vont à l’école, alors les avoir toute la journée… »
C’est qu’ils ne voient la réalité évoquée que comme une extension de la leur. Très difficile, peut-être impossible, d’envisager que de vivre avec ses enfants toute la journée n’ai absolument rien à voir.
Ça ne sont pas les mêmes rapports, pas la même fatigue, pas les même besoins (et en ce qui me concerne j’ai trouvé nos petites expériences scolaires infiniment plus fatigantes. + de stress, + de fatigue, + plus de disputes, + de devoirs – devoir prendre sa douche à telle heure, devoir se lever, se coucher, manger, devoir faire des devoirs etc.- )
La nouveauté est toujours quelque chose que l’on doit accepter de rencontrer avec innocence.
On projette, on essaye de deviner, on s’imagine, c’est normal. Ça n’est pas un souci tant que l’on est capable de reconnaitre l’expérience quand elle se présente. Et d’accepter qu’elle n’a rien à voir avec ce qu’on avait imaginé.
J’ai écris plus de 40 pages. C’est déjà la moitié ou plus du livre qui s’écrit.
Je n’avais pas vu ça comme ça.
La rédaction de mon deuxième livre.
Je l’avais imaginé au regard de ce que je connais. J’avais imaginé une extension de l’écriture de mon premier livre.
La plongée solitaire face aux mots. La rigueur, la discipline, les horaires strictes. L’état de conscience particulier, attentive à ce qui se joue et se révèle entre moi et l’écran.
Et puis non, c’est tout à fait autre chose.
C’est écrit et je n’ai même pas souvenir d’avoir écrit autant. Ça s’est fait vite et dans le chaos avec de la rage et des sursauts, avec facilité, beaucoup, beaucoup plus de facilité que je ne le pensais possible.
Je continue à imaginer des trucs, je continuerai à me retrouver tout con, à me dire « tiens, je ne voyais pas ça comme ça ».
La paix intérieure, la désidentification ?
Projection depuis les instants de sécurité, depuis les moments doux, depuis les moments sereins.
Et puis rien à voir.
Ils l’ont dit pourtant, les Rumis et autres Amoureux. Il s’agit de perdre la tête, de tomber éperdument amoureux de ce qui est.
L’amour fou, l’amour passion, l’amour déraison on sait pourtant.
Ça n’est ni tendre ni serein. C’est brutal, c’est tout chose qui brule et laisse pantelant.
La paix, la sécurité intérieure ? C’est le luxe de ressentir complètement.
Ah bah oui, ouvre toi à ce qui est, reçoit ce qui est, et prend ça dans ta gueule.
L’amour complet est difficile à supporter, il se supporte avec un cœur d’enfant, avec les larmes faciles, avec les cris, les plongées sombres, les hurlements, avec les rires, les éclats de joie tonitruant, avec la jouissance sans tabou.
Pas grand-chose à voir avec le sourire flottant devant le lotus. Même si ces instants existent aussi, existent encore.
Ecrire un livre. Trouver la paix. Affirmer sa liberté même quand elle n’est pas autorisée. Etre mère. Etre femme. Autant de chose que j’ai projeté et imaginé de travers.
La réalité est plus riche, le nouveau est surprenant.
Je nous souhaite l’audace, la chance, la bêtise ou le talent de le laisser nous surprendre encore.
wouaw… tu continues aussi à me surprendre… j’adore… merci ????