Si l’objectif du LSP est de ne rien changer, pourquoi s’y intéresser ? 

 

Il faut, je crois, avoir tout tenté.

Avoir cherché la formule magique partout. Suivi le régime qui nous rendra enfin beau/belle. Monté le business qui nous rendra riche. Vécu dans cette ferme isolée loin du système. Il faut avoir lu les livres de sagesse, suivi une psychanalyse, connecté avec les archanges.

Bref, il faut arriver, en ayant tout essayé ou en ayant rien essayé mais tout vécu quand même, à un point de désillusion à la fois douloureux et apaisé.

 

Il faut, étrangement, être résigné.

Normalement, et pour la plupart des gens, le parcours et le suivant :

On grandit, on apprend. On essaye de reproduire du mieux possible.

On devient ado, jeune adulte, on devient une personne, on affirme son individualité.

Et on va essayer de vivre cette individualité de la façon qui nous semble la meilleure:  Par l’accomplissement professionnel, par la réalisation d’un foyer, par des choix anticonformistes, etc. Petit à petit, on va essayer d’être plus à l’aise dans nos choix. De trouver du confort, du sens, de la joie.

Et notre premier réflexe va être d’identifier les problèmes et d’y trouver des solutions.

Donc la panoplie évoquée : régime, fortune, éveil mystique, thérapie, rébellion etc.

 

De plus en plus de gens on le luxe d’arriver là.

Quand les conditions de vie sont trop dures, on n’a pas le luxe de se demander si la vie est confortable, si l’on est heureux, si l’on est épanouie.

Au cours d’un de mes nombreux petits boulots de jeunesse j’ai fait le ménage dans des appart-hôtel. L’une de mes collègues venait du Rwanda. Sa vie avait été une suite de tragédies, de combat pour la survie. Et elle me partageait son étonnement devant nous autres, les blancs, les riches, les protégés, qui n’avons connus ni guerre ni faim et qui courrions chez le psy à la moindre engueulade avec un mari, une sœur ou un ami.

La recherche de bonheur qui, en fait, est surtout une recherche de confort émotionnel, est un luxe que seuls ceux qui n’ont pas à se battre pour survivre peuvent se permettre.

 

Comme nous vivons dans une société où la survie physique n’est plus compromise pour la majorité d’entre nous, le confort émotionnel devient un enjeu important.

Face à cet enjeu, des personnes sincères pensent, inventent, partagent des méthodes pour aider chacun à y accéder.

Face à ce besoin, le marché détourne la sincérité pour la transformer en produit.

Ainsi la recherche du bonheur est la nouvelle carotte qui va inciter chacun à consommer. Diversifiée au possible elle prend la forme d’une belle bagnole, d’un statut social, d’une thérapie, d’un régime, de convictions écologiques ou décroissantes, d’engagement politique, de spiritualité, de communication, de bienveillance etc.

Tous ces produits nous promettent le bonheur.

 

Pour être prêt à s’engager dans l’exploration symbolique il faut tout d’abord réussir à sortit de l’hypnose collective et réaliser qu’aucun de ces produits ne nous apportera le bonheur. Car le but n’est plus de nous aider mais de nous garder dans notre rôle de consommateur. Passifs, nombrilistes, malheureux et donc dociles.

C’est quand on comprend que nous n’avons besoin de rien, d’aucune baguette magique, d’aucun gourou, d’aucune promotion que nous pouvons commencer à être curieux. Curieux de nous-même, de nos comportements, curieux de notre relation à la vie. Et commencer à être présents, à écouter, à exister vraiment.

 

Il faut encore une forme de maturité, cette espèce de résignation, admettre que nous ne serons jamais parfaitement contents, que nous aurons toujours à vivre avec des jours inconfortables, avec la tristesse, l’angoisse, la colère.

Le petit enfant vit dans une réalité sensible et il apprend, petit à petit, que l’inconfort physique est une réalité inaltérable, que bien souvent cela passe, cela n’est pas si grave.

Hier je faisais une promenade avec mes enfants. Ma fille qui marchait pied nus s’est arrêtée quelques instants pour retirer des aiguilles de châtaigne qui s’étaient plantées dans ses pieds. Je lui disais alors qu’il y a quelques années seulement elle aurait hurlé. Cela l’a étonné. Elle sentait bien que ça faisait un peu mal, mais rien de grave, rien d’insupportable. Hurler pour ça, vraiment ? Je ne lui ai pas dit que quelques années encore plus loin, du haut de ses 6 mois, elle hurlait comme si on la torturait quand elle avait des grains de sables sur les pieds !

 

C’est ainsi, pour le nouveau-né la faim, le chaud, la solitude, une épine et c’est la fin du monde. Puis il grandit, ma fille grandit, elle a 9 ans maintenant et je n’ai pas eu besoin de lui expliquer qu’une épine n’était pas bien grave, elle l’a appris, elle a modifié sa réponse aux douleurs, à l’inconfort, elle ne hurle plus pour un genou écorché ou une épine dans le pied.

 

L’adolescence devrait être la période d’une maturation émotionnelle. Nous devrions entrer dans l’âge adulte avec cette même compréhension que les douleurs émotionnelles ne sont pas dramatiques.

Nous devrions être résignés et sereins. Accepter, comme nous avons appris à accepter qu’il y aurait toujours des épines, qu’il y aurait toujours des frustrations, des peines, de trahisons, de déceptions etc.

 

Mais, je le maintien, il est bien plus profitable à un système basé sur l’oppression et la domination d’avoir un peuple émotionnellement immature, affolé et espérant toujours trouver un bonheur qui ne fait que reculer, tenu inaccessible par l’usage de la peur et des promesses mensongères.

 

Les populations n’ont plus accepté la faim, la maladie, la guerre. L’humanité a grandi, est sortie de l’expérience sensible, de la survie physique. Elle patauge maintenant dans la survie sociale et émotionnelle et rien n’est fait pour l’aider à en sortir. Il faudra encore un sursaut, il faudra encore évoluer. Ces articles et le livre qui s’écrit sont, j’ose espérer, une modeste contribution en ce sens.

 

Finalement, pour entreprendre l’exploration de ses narrations intérieures à l’aide du lsp, il faut être adulte, ou prêt à le devenir.

 

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