Amour.
C’est le mot que je choisi parce que le sentiment amoureux est le plus proche de ce que je ressens lorsque je m’ouvre à une certaine réalité.
J’appelle amour ce qu’on pourrait appeler dieu, absolu, paix, éternité, lumière, etc.
Je ne sais pas ce que c’est. Je ne sais pas si cela a une existence objective en dehors de l’expérience que nous pouvons en faire.
Je sais seulement que c’est la chose la plus réelle, la seule chose réelle que l’on puisse vivre ici sur Terre.
Pourquoi réelle ?
Le monde est bien réel lui aussi, et nos corps et nos pensées, et les évènements. Seulement tout ce que nous pouvons saisir par nos sens et notre intelligence est contextuel.
Chaque vérité se voit un jour réfutée. Tout se transforme, et tout est sujet au doute et tout peut être en effet un objet de mon imagination, de mon interprétation.
Mes sens peuvent me tromper et même si nous sommes mille et cents à attester voir et sentir la même chose nous pourrions tous partager une illusion commune. D’ailleurs on le constate, ce que l’on pense être une vérité solide est souvent réfuté dans les années ou siècles suivant.
Nous avons été certains que le soleil tournait autour de la terre, que les animaux ne ressentaient aucune douleur, que Dieu avait créé le monde en 7 jours. Nous sommes aujourd’hui, avec toute l’arrogance qui nous caractérise, certains que le sucre est mauvais pour notre santé, que l’école est la meilleure façon d’éduquer les enfants, que le travail et l’argent sont des nécessités.
Tout change, notre regard sur le monde et le monde lui-même.
Mais derrière, derrière les images et le bruit, quand on prend le temps et que l’on donne de l’attention au silence, alors quelque chose immuable, d’éternel, de parfait se révèle.
Cela demande de la pratique. Parce que l’expérience de l’amour n’est pas une expérience des sens. Ni de la pensée. Ni des émotions.
L’expérience dépasse, et de loin, tout ce que nos canaux de dialogues peuvent percevoir. Dans cette rencontre, les sens, les émotions, les pensées ne peuvent qu’essayer de comprendre en allant d’un extrême à l’autre. On se sent minuscule et immense, on se sent contenu et sans corps, dans le noir et dans la lumière. Et, immanquablement, s’installe en nous la certitude absolue qu’il n’y a pas de mal.
Ce qui soutient le monde est sans contraire. Une unité parfaite. Et cette unité éveille la joie, la gratitude, le désir, la tendresse. L’amour.
J’appelle ça amour parce que chaque fois une chaleur bienheureuse se fait en moi, chaque fois je me sens petite fille et femme et vieille dame, chaque fois je me sens vue, désirée, embrassée, chaque fois je reconnais quelque chose qui me reconnait aussi.
C’est la seule réalité que je connaisse. Parce que cette expérience, contrairement à toutes les autres, toutes les autres, est toujours là, immuable.
Que je sois fatiguée ou reposée. Que je sois triste ou heureuse. Que je sois ivre, malade, droguée, parfaitement saine, complètement décalée, que je sois convaincu que rien n’existe que la matière, que je sois convaincu que rien n’existe que dieu, quoi que je pense, qui je sois et quel que soit le contexte, c’est là, derrière chaque souffle, derrière chaque arbre, chaque pierre, chaque rayon de soleil. C’est toujours là, partout, dès que je me tais, dès j’écoute vraiment, dès que je m’ouvre à cette rencontre particulière, il n’y a que de l’amour.
Ne serait-il pas temps que nous le reconnaissions ?
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