J’obtiendrai de la clarté, de la lucidité grâce à l’utilisation de LSP mais à quoi bon la lucidité si rien ne change ?
D’abord il faut revenir à un peu d’humilité. Pourquoi voudrions-nous changer quoi que ce soit ?
Sur quoi basons-nous notre jugement pour décréter qu’une chose est un problème ?
Je vous demande un petit effort de réflexion philosophique.
Qu’est-ce qui fait qu’un évènement est un problème ?
Est-ce que la douleur est le signe d’un problème ? Si je me casse la jambe, j’ai mal, et la douleur est une indication que quelque chose ne va pas Bon.
Mais si j’ai fait une randonnée difficile et que je suis essoufflé, que j’ai des courbatures, des douleurs musculaires, alors est-ce que la douleur indique encore que quelque chose ne va pas ?
Et même dans le cas d’une douleur nous informant d’un véritable problème, est-ce vraiment un tort ?
Je vous partage un petit conte de sagesse chinoise qui illustre bien le propos.
Le voici :
“Il était une fois un vieil homme sage qui vivait dans les steppes. Il possédait un cheval merveilleux, une jument que tout le monde lui enviait.
Un soir, après avoir passé la journée dans les champs, il rentra chez lui et découvrit que la jument avait disparu.
Quand ils l’apprirent, sa famille et son voisinage se mirent à la chercher aux alentours. Après de vaines recherches, ils lui adressèrent leurs condoléances : « Nous sommes profondément désolés qu’un tel malheur vous soit arrivé. »
Le vieux sage des steppes répondit alors calmement : « Bonne ou mauvaise chose, seul l’avenir nous le dira. »
Le lendemain matin, le vieil homme des steppes vit deux chevaux galoper vers sa maison. Le premier était la jument qu’il avait perdue, le deuxième était un étalon qui la suivait. C’était un étalon d’une grande valeur. Il alla donc rapidement demander au bureau du comté si quelqu’un avait déclaré la perte de son étalon. Le magistrat du comté lui conseilla de garder l’étalon jusqu’à ce qu’on lui rapporte sa disparition.
Ce soir-là, la famille du vieil homme et les voisins se réjouirent pour cette bonne nouvelle.
Tranquille, le vieil homme des steppes répéta : « Bonne ou mauvaise chose, seul l’avenir nous le dira. »
Une semaine plus tard, le fils du vieil homme chevaucha l’étalon pour une promenade. Comme il n’était pas habile pour diriger un cheval d’une telle carrure, il fit une abominable chute et se brisa la jambe. La famille et les voisins du vieil homme se rassemblèrent et commentèrent : « Ce qui est arrivé est vraiment affreux. Cet étalon a apporté le malheur à la famille. »
Le vieil homme des steppes entendant cela fit à nouveau remarquer : « Bonne ou mauvaise chose, seul l’avenir nous le dira. »
Quelques temps plus tard, le royaume fut entraîné dans une guerre infâme contre le royaume voisin. Tous les jeunes hommes du comté furent enrôlés de force dans l’armée. Tous, sauf le fils infirme du vieux sage, qui fut jugé inapte.”
Vous voyez, la réalité est trop riche, trop complexe et les conséquences possibles à ce qui se produit nous sont extrêmement difficiles à envisager.
Si nous acceptons que nous ne maitrisons pas les conséquences, comment pouvons-nous dire qu’une chose est un problème.
En gagnant en lucidité on cesse de juger ce qui nous arrive comme étant intrinsèquement bon ou mauvais et on revient au seul curseur à notre disposition : notre jugement relatif, personnel et immédiat.
Alors quand quelque chose se présente qui crée chez nous une douleur nous pouvons y répondre, non pas en essayant de bannir cette chose de notre expérience mais en prenant soin de la douleur.
C’est comme si votre enfant tombait de son vélo et s’égratignait le genou.
Si j’observe le situation et l’interprète comme un problème alors je vais essayer de contraindre le réel pour le corriger.
Je peux interdire le vélo à mon enfant. Je peux le barder de protection. Je peux lui ajouter des roulettes. Je peux essayer de faire en sorte qu’il n’y ai plus de chute, plus de douleur – et ce faisant, suis-je en train de favoriser le développement de mon enfant et sa capacité à réagir aux épreuves, à la douleur, à l’échec ? Mes solutions sont-elles vraiment vertueuses ?
Si j’observe la situation et n’en tire pas de conclusion je vais aller voir mon enfant et, selon ce que je sentirais s’éveiller en moi, et qui dépendra de moi, de mon enfant, de la situation particulière, je vais le consoler, l’encourager, le gronder, bref, sentir la juste réponse permettant à mon enfant et moi-même d’accepter ce qui vient de se produire et de rester en amitié l’un pour l’autre, et chacun pour ce qu’il a vécu.
Mais pour cela, pour avoir une réponse subjective juste, il faut avoir fait le chemin vers soi-même, il faut avoir pu prendre de la distance avec ses narrations, autrement ma réponse sera contrainte, elle sera l’expression égoïste de mes peurs et injonctions internes. Finalement, elle sera une réponse à un problème, même si je ne l’interprète pas de cette façon.
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