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Pourquoi je suis qui je suis ?
Pourquoi mes goûts, mes choix, mes envies ?
Pourquoi les réactions, mon regard, mes doutes ?
On ne va pas répondre à ces questions.
Pourquoi est complexe.
Ce que je suis en un point donné arrive au croisement de ce que j’ai été et de ce que je serai.
Arrive comme seule expression possible.
Je suis là parce que mon corps, mon éducation, mon terrain génétique.
Parce que les liens d’attachements, parce que l’époque, la socio-culture, les accidents, les chocs, les répétitions, les propositions de la vie, des autres, du temps qui passe, des nuages observés ou des livres découverts.
Je suis.
Parce que.
Et si je suis est une réalité acceptée, sereine, souple et évolutive, alors tout va bien.
Souvent « je suis » n’est pas une réalité sereine. Souvent « je suis » ne suffit pas.
Il faut des justifications. Une position sociale. De la reconnaissance, des titres, une famille, un rang, une tache, une raison, des qualités, des adjectifs.
Il ne faut pas seulement être, il faut être quelqu’un et quelque chose.
Si être ne suffit pas, c’est encore parce que.
Parce que l’ensemble des paramètres est souffrant.
Parce que je n’ai pas eu la possibilité de construire un rapport à moi et à la vie serein.
Parce que génétique et épigénétique. Parce que expériences et traumas. Etc.
Parce que je suis n’est pas construit sur un terrain sain et solide et que sans la farandole des adjectifs et attributs ne reste qu’une réalité douloureuse, bancale, fragile.
Ce que je suis, qui je dis ou croit être me maintient debout.
Malheureusement les remparts qui nous soutiennent, aussi, nous emprisonnent.
Et il peut arriver un moment où le besoin d’être libre se fait sentir.
Où les compromis, les habitudes et les compensations se font trop lourds.
Il peut arriver un moment où la souffrance de mes limites devient plus forte que la peur de ma fragilité.
On peut alors se demander pourquoi. Et entamer un travail long et pas inutile d’introspection, de parole, de thérapie.
On peut chercher à reconstituer l’histoire.
Et c’est, à mon avis, une étape nécessaire.
Il est important d’arriver à pouvoir poser un regard lucide sur son existence.
De pouvoir se dire, reconnaître les manques, les failles, les peurs, les douleurs subies.
Alors, quand on a à la conscience une structure narrative, on peut aller plus loin.
On peut, si notre expérience nous y conduit, trouver au cœur de soi un espace non-défini.
Un espace libre de toute narrations.
Car comprendre son histoire ne nous en libère pas. Être libre, se sentir réellement libre, est un état d’être irrationnel. Cela ressemble au sentiment amoureux.
Quand la passion réduit à néant toutes les raisons pour ne laisser que la réalité palpable de l’amour.
L’expérience de la liberté c’est celle de se savoir, conscience et chaire et désirs, appartenir au réel.
Au réel qui dépasse et englobe toutes les réalités.
C’est se savoir infiniment plus vaste que toutes les histoires.
Je suis, le véritable « je suis », n’existe que dans la rencontre dépouillée de ses attributs.
Je suis peut-être serein quand j’ai pu rétablir une narration cohérente et sereine.
Je suis est cri de jouissance et pure liberté quand j’ai pu reconnaître que je ne suis pas cette narration. Ni aucune autre.
Enfin, quand je suis serein d’être qui je suis. Quand je suis libre parce que je sais non pas qui ne je suis mais seulement que JE SUIS, je peux, si le cœur m’en dit, commencer à faire dialoguer liberté et sérénité.
Je peux permettre que mes actes, désirs, choix, goût, qualités et adjectifs deviennent l’expression amoureuse de la liberté.
Le comment on en parlera une autre fois.
Le pourquoi, dans cette dimension, n’existe pas.
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